Une conférence de presse presque confidentielle devenue tempête politique. Le 9 juillet, il n’y a guère plus d’une poignée de journalistes dans la salle de presse du Sénat. Dans un Palais du Luxembourg, trois sénateurs de sensibilités différentes – Laurent Lafon (Union centriste), Sylvie Robert (PS) et Agnès Evren (LR) – présentent six mois de travaux consacrés aux « zones grises de l’information ». Cent soixante pages, cinquante-six recommandations, des dizaines d’auditions, le rapport ambitionne de répondre aux bouleversements du paysage médiatique provoqués par les plateformes numériques, les influenceurs, les algorithmes et l’intelligence artificielle. À l’approche des échéances électorales de 2027, ses auteurs entendent combler ce qu’ils considèrent comme un vide dans la régulation des campagnes de manipulation de l’information.
Rien ne laisse alors présager de polémique. Tout bascule lorsque Laurent Lafon emploie une formule absente du rapport lui-même mais appelée à cristalliser les critiques, celle des « ingérences intérieures ». « Sommes-nous prémunis de tout risque d’ingérence intérieure ? Notre réponse est clairement non. Nous avons une vulnérabilité et elle est réelle », affirme le président de la commission de la Culture, avant d’interroger : « Que se passerait-il si une personnalité, un courant de pensée ou un parti politique disposant de moyens financiers conséquents…
Auteur: Emma Bador-Fritche

