Notre vie politique est rythmée par des sondages de plus en plus nombreux et commentés.
Des sondages propulsent des candidats, puis sont épinglés pour leurs inexactitudes. Une poignée de directeurs d’instituts de sondage dictent l’agenda politique et impriment leurs analyses souvent conservatrices. Derrière certains d’entre eux, des milliardaires engagés dans une guerre culturelle.
Mais sait-on vraiment les sondages sont fabriqués ? Par qui et pour qui ? Sont-ils fiables, ou peut-on les orienter ? Favorisent-ils certains courants politiques ?
Nous avons plongé dans la mécanique des sondages afin de donner des clefs de lecture, notamment avec les grandes échéances électorales qui vont dicter l’avenir de la France.
Qu’est-ce qu’un institut de sondage ?
Leur nom peut laisser croire qu’il s’agit de structures publiques ou dédiées à la recherche.Mais à l’inverse de l’Institut Pasteur ou de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), les instituts de sondage sont bien des entreprises privées à but lucratif. Des dirigeants de ces instituts ont déjà reconnu que ce nom peut induire en erreur. Le sociologue Pierre Bourdieu pointait déjà « un abus de science sociale » dès les années 1980.
Les sondages d’opinion et d’intention de vote servent de vitrine à ces instituts, leur chiffre d’affaires reposant à 85% voire 95% sur les études marketing et commerciales qui sont rarement publiées.
Onze instituts principaux dominent le marché : Ifop (le plus ancien, créé en 1938), CSA, Elabe, Ipsos BVA, Odoxa, Verian (ex Kantar, ex Sofres), Opinion Way, Harris interactive, Viavoice et le plus récent et controversé, Cluster17.
Ces entreprises font régulièrement l’objet de rachats et mouvements financiers. Plusieurs de ces opérations ont un point commun : elles impliquent des hommes d’affaires très fortunés, dont certains affichent des…
Auteur: Thibaut Schepman

