Le futur règlement européen « AI Act » a pour but la création d’un cadre légal pour l’ensemble des systèmes d’intelligence artificielle (IA), notamment ceux posant des risques importants pour la sûreté ou les droits fondamentaux, comme la non-discrimination, la vie privée, la liberté d’expression ou la dignité humaine.
Dans sa version actuelle, le projet de règlement traite tous ces risques de la même manière. Un marquage CE (pour « conformité européenne », comme celui existant), indiquerait que le système d’IA est jugé suffisamment sûr pour être mis sur le marché, qu’il s’agisse de la sûreté physique ou vis-à-vis des droits fondamentaux. Le texte présenté accorde une grande importance aux normes techniques et aux analyses de risques, espérant pouvoir standardiser les méthodes d’évaluation.
Néanmoins, il persiste une tension entre l’approche « par les risques », proposée par la Commission, et l’approche axée sur le respect des droits fondamentaux, privilégiée par les tribunaux et par les travaux du Conseil de l’Europe.
En effet, s’il est facile d’imaginer un banc de tests pour un critère de sûreté, à la manière des essais réalisés sur les jouets pour enfants avant leur mise sur le marché, il est plus difficile d’évaluer la non-discrimination de cette façon, car elle est contextuelle.
Tester la discrimination : pari impossible ?
Pour qu’un produit puisse être mis sur le marché, les fournisseurs devront respecter certaines spécifications techniques définies en dehors du texte de loi, le plus souvent dans des normes harmonisées.
De nombreux pays fondent de grands espoirs sur ces normes, qui pourraient contribuer à établir des exigences techniques et juridiques uniformes pour les systèmes d’IA. Par exemple, elles pourront définir les critères de qualité, d’équité, de sécurité ou encore d’explicabilité pour ces systèmes, et même renforcer le positionnement stratégique de l’Europe dans la course mondiale pour l’IA.
Mais comment développer des critères techniques neutres autour de jugements de valeur moraux et culturels ?
Certains de ces systèmes impactent directement notre droit à la non-discrimination. Par exemple, l’utilisation de la reconnaissance faciale par les services de police a amené à l’arrestation de plusieurs hommes noirs, reconnus à tort par un système automatique sur des caméras de vidéosurveillance. De la même manière, l’algorithme de recrutement d’Amazon refusait plus facilement un CV de femme que celui d’un homme.
Pour tester la présence de ce type de biais discriminants, les techniques actuelles consistent à vérifier le bon fonctionnement du système pour différents sous-groupes de la population, séparant les individus par genre ou couleur de peau. Mais standardiser ces méthodes de test soulève plusieurs difficultés.
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Auteur: Mélanie Gornet, Doctorante en droit et éthique de l’IA, Télécom Paris – Institut Mines-Télécom

