Interdiction du voile : la mécanique médiatique de l'islamophobie

Mardi 1er septembre, Pascal Praud trônait sur le plateau de CNews, le teint légèrement hâlé, fraîchement rentré de La Baule, chargé du souvenir estival et néanmoins traumatique de ces « nombreuses femmes voilées » qui défilaient sous ses yeux « vers 10h du matin », au moment où l’éditorialiste avait l’habitude de prendre un café « avenue du général de Gaulle, la bien nommée ». « Il n’y avait pas de femme voilée il y a quarante ans à La Baule », poursuivait-il, avant d’agiter sexisme et islamophobie dans un cocktail détonnant :

Pascal Praud : Les jeunes femmes portaient des mini-jupes, des robes légères, parfois des bikinis, jamais de voile. Le voile islamique n’est pas une tradition française. Il n’appartient pas à notre culture, à nos mœurs, à notre histoire. Il est la conséquence d’une immigration massive et d’une religion importée sur le sol de France, l’islam.

Non sans avoir préalablement et mécaniquement fustigé le prétendu silence des « féministes », « comme si elles craignaient d’affronter la colère du monde musulman », l’éditorialiste concluait son plaidoyer par une adresse solennelle : « On a évidemment trop tardé. On ne s’en sortira plus, désormais, sans mesure radicale. » Une manière d’afficher un soutien au RN qui, la veille, formulait la volonté d’interdire le voile dans l’espace public. Aucun doute : la rentrée médiatique a sonné.

La co-construction d’un agenda raciste

Cette (nouvelle) séquence de stigmatisation des femmes musulmanes avait en réalité (re)commencé sur BFM-TV deux jours plus tôt. Le 30 août, la chaîne déroule le tapis rouge au député RN Jean-Philippe Tanguy pour un « grand oral », où le thème de l’immigration occupe, sans surprise, une place importante. Alléché comme tout professionnel de sa trempe par l’insignifiante tambouille politicienne et les vapeurs de rififi au sein du…

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Auteur: Pauline Perrenot