Basta! : Vous défendez le “limitarisme”, l’idée qu’il faut plafonner les richesses qu’un individu peut détenir. Comment en êtes-vous venue à ce concept ?
©Keke Keukelaar
Ingrid Robeyns : J’ai consacré toute ma vie à l’étude des inégalités. J’ai une formation d’économiste et de philosophe. En tant qu’économiste, j’ai travaillé sur la mesure des inégalités, et en tant que philosophe, sur les théories de la justice distributive, qui s’interrogent sur la manière dont les ressources devraient être réparties pour que cette répartition soit juste.
À un moment donné, au début des années 2010, je me suis rendu compte qu’une multitude de chercheurs et de scientifiques travaillaient sur la mesure de la pauvreté mais que nous ne nous posions pas la même question pour les plus riches. La notion d’inégalité est tellement abstraite qu’elle ne met pas vraiment l’accent sur la spécificité des préjudices causés par ceux qui possèdent d’énormes fortunes. J’ai donc essayé de déplacer les projecteurs sur le sommet de la distribution des revenus. Et que voit-on si l’on zoome sur les plus riches ? Qu’il est vraiment néfaste pour les sociétés d’avoir des individus extrêmement riches.
Le principe le plus fondamental lorsqu’on réfléchit à la justice est celui de ne pas nuire,…
Auteur: Rachel Knaebel
