Les éditions Crise et Critique nous ont transmis cette traduction inédite d’un texte de l’historien et théoricien Moishe Postone (1942-2018), paru en 2006. Il analyse les déplacements politiques et historiques de l’anti-impérialisme depuis la guerre froide et propose « de restaurer et de reformuler un internationalisme qui se passe de dualismes ».
L’attaque du 11 septembre 2001 et les guerres menées par les États-Unis contre l’Afghanistan et l’Irak ont brusquement rendu visibles des mondes entiers, des évolutions structurelles historiques qui se développaient depuis des décennies sous la surface, presque sans que l’on s’en aperçoive ‒ du moins pour la plupart des gens aux États-Unis et en Europe de l’Ouest. Aussi complexes qu’aient été les décalages historiques révélés par ces explosions destructrices, la plupart des réponses apportées se sont avérées insuffisantes.
Les déplacements historiques auxquels je me réfère agissent à des niveaux différents, mais sont néanmoins liés entre eux. La phase dans laquelle nous nous trouvons encore aujourd’hui, initiée selon moi au début des années 1970, a entraîné de profonds changements structurels de l’ordre mondial. Ce dernier a évolué d’un modèle « fordiste-keynésien » centré sur l’État à un modèle mondial néolibéral. Ces changements dans la vie sociale, économique, politique et culturelle ont été de la même ampleur que le passage du capitalisme libéral aux formes interventionnistes étatiques bureaucratiques au XXIe siècle. De tels modèles historiques globaux montrent que la portée de la contingence et de la capacité d’action est en principe limitée. Selon moi, ces modèles sont en fin de compte enracinés dans la dynamique du capital. Au cours des trente dernières années, cette dynamique a entraîné des changements fondamentaux, tant dans les pays capitalistes occidentaux que dans les pays communistes, ce qui a…
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Auteur: dev

