¡INVASORES ! Ceuta ou la métaphysique du dehors

À Ceuta, le mot invasion est apparu presque au moment même où des dizaines de milliers de personnes franchissaient la frontière les 30 et 31 juillet 2026. Dès le 30 juillet, Santiago Abascal l’emploie pour qualifier les événements et présente ceux qui entrent comme des « hommes en âge militaire » appelés à « prendre d’assaut » la frontière. Un mois plus tard, l’Instituto de Estudios Ceutíes parle d’« invasion civile » et rapporte explicitement les passages à ce qu’il présente comme l’« ambition territoriale » du Maroc. Le 14 septembre, le terme n’appartient plus seulement au vocabulaire de Vox. Le président de la ville, Juan Jesús Vivas, déclare à son tour que Ceuta n’a pas connu une simple « crise migratoire », mais une « invasion en bonne et due forme ».

Introduction : Le mot qui fait la guerre

Près de deux mois plus tard, alors que le franchissement massif de la frontière appartient au passé et que les personnes demeurées à Ceuta vivent pour beaucoup dans des campements précaires, des structures d’hébergement ou dans l’attente de pouvoir poursuivre leur route, le mot persiste. Surtout, son usage s’est déplacé. Il ne qualifie plus seulement ce qui se serait produit les 30 et 31 juillet, mais aussi ceux qui sont encore là. Le 22 septembre, le secrétaire général de Vox, Ignacio Garriga, déclare à Ceuta qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir pour « sortir les envahisseurs d’ici ». Quelques jours plus tard, un article d’opinion publié dans El Faro de Ceuta désigne encore comme « envahisseurs » les personnes demeurées dans la ville. Une qualification de l’événement s’est ainsi prolongée en qualification des personnes auxquelles cet événement avait été rapporté.

L’invasion n’est donc plus seulement ce qui aurait eu lieu. L’envahisseur devient ce que quelqu’un peut continuer d’être lorsque le mouvement auquel ce nom se rapportait a…

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Auteur: dev