Je sais que ce sera déplaisant pour beaucoup, mais je crois qu’il faut le dire et le redire : dans la conjoncture présente, renvoyer dos-à-dos le « régime des mollahs » et le tandem génocidaire Trump-Netanyahou est clairement une ineptie politique. Oublierait-on que c’est l’Etat iranien lui-même, son intégrité et sa souveraineté, qui est la cible de l’impérialisme ? Avoir de la sympathie pour telle ou telle force politique, le Toudeh par exemple, ne change rien à l’affaire : un anti-impérialisme conséquent, surtout s’il est marxiste, et au moins autant s’il ne l’est pas, doit affirmer sa solidarité avec la République islamique d’Iran et son gouvernement légitime, un point c’est tout.
Jouer l’indignation sélective en brandissant des chiffres de victimes falsifiés, omettre de dire que les émeutes antigouvernementales ont été largement orchestrées par le Mossad (félicité par Mike Pompeo), appeler courageusement ceux qui sont sur place au combat contre la « dictature religieuse », mégoter son soutien à l’Iran au nom d’une laïcité transformée en produit d’exportation, invoquer le sort des femmes de Teheran au moment ou le boucher de Tel Aviv massacre des écolières, toutes ces simagrées ont un nom : c’est la posture du ni-ni, l’opportunisme de l’équidistance, l’anticampisme hypocrite qui consiste à avoir deux fers au feu.
Evidemment, cet équilibrisme permet de préserver sa bonne conscience : puisqu’on est contre les deux camps en présence, et qu’ils sont supposés méchants tous les deux, on sera forcement dans le camp du Bien ! Sauf que les deux camps en question sont les seuls à exister dans le monde réel, et que les récuser tous les deux consiste à s’évader dans l’imaginaire et à quitter la scène de l’histoire. Qui ne voit que les traiter de la même manière, sans discernement du rapport de forces, sans considération géopolitique, sans analyse de la stratégie…
Auteur: Bruno GUIGUE

