Entretien avec Pierre Razoux, historien, directeur académique de la Fondation pour la maîtrise des enjeux stratégiques (FMES), auteur du livre « La guerre Iran-Irak : Première guerre du Golfe » (Perrin)
Comment décririez-vous cet accord entre l’Iran et les Etats-Unis ?
Il faut rester très prudent, car ce n’est qu’un mémorandum d’entente, sans valeur juridique contraignante sur le plan international et qui n’a pas été validé par les Parlements des deux pays. Il ne règle rien sur le fond et ouvre une période transitoire de 60 jours, certes renouvelable, au cours de laquelle il peut se passer beaucoup de choses.
C’est un protocole d’accord qui est très bien rédigé et relativement équilibré, c’est-à-dire que chaque pays prend un certain nombre d’engagements et obtient des choses en retour. Pour les Etats-Unis, ce texte offre un narratif qui permet à la Maison Blanche de s’extraire de cette guerre. Il offre aussi aux Etats-Unis un soulagement économique avec la réouverture du détroit d’Ormuz, élément crucial avant les élections de mi-mandat, ce qui permet aussi à Donald Trump d’apaiser ses partenaires économiques, tout particulièrement en Asie. Pour l’Iran c’est également très bénéfique. En échange de concessions sur le nucléaire, ils obtiennent quasiment tout le reste : levée progressive des sanctions, dégel des avoirs, aucune mesure pour affaiblir leurs capacités balistiques, aucune…
Auteur: Alexandre Poussart

