Iran : « La lutte n’est pas seulement pour le pouvoir, mais pour la vie »

« L’heure du danger arrive » : chez Saint-Exupéry, la formule décrit le moment où des solitudes se reconnaissent et deviennent une force. En Iran, c’est un fait politique. Ce que l’on voit dans les rues, les universités ou les quartiers, ce ne sont pas seulement des scènes de confrontation, mais de reconnaissance. Une société longtemps morcelée par la peur découvre qu’elle n’est pas une somme d’îles, mais un peuple. Et cette découverte, face à un régime qui instrumentalise le sacré, change la règle du jeu.

Il y a des images qui résument une époque mieux que n’importe quel communiqué. En Iran, des corps sans armes font face à des lignes casquées ; des inconnus se rapprochent, comme si la proximité devenait une protection. Ce n’est pas seulement une émeute, c’est une « scène de reconnaissance » au sens de Saint-Exupéry dans Terre des hommes : des individus enfermés dans un silence appris, découvrent au moment du danger, qu’ils appartiennent à un même destin. De ce simple constat naît un « agrandissement » intérieur.

Le citoyen n’est pas titulaire de droits

Ce basculement signale une société qui ne demande plus qu’on aménage sa cage, mais qu’on ouvre la porte. À travers la continuité des mobilisations, un message obstiné se répète : l’Iran veut sortir d’un régime où la religion sert d’armature à l’État et où l’État utilise le sacré pour discipliner les corps. L’enjeu n’est plus de changer d’équipe au sommet, mais de changer de statut : passer d’un ordre de permission à un ordre de droits.

L’Occident réduit souvent l’Iran à une succession de « crises » (politique, économique, nucléaire…). Mais la colère persiste parce que la source est plus profonde : elle tient au statut des personnes. Vie privée, parole, corps des femmes, création, croyance : tout est soumis à permission. Le citoyen n’est pas titulaire…

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