Iran. Le poids d'une guerre vécue de loin




(Iran), L’enfant sauvage, huile sur toile, 2026

Avec l’aimable autorisation de Hossein Hajizadeh Siboni.

Longtemps je n’ai pas eu envie d’écrire pendant la guerre. Le cauchemar a tout envahi et il n’y avait plus de sens à raconter quoi que ce soit. N’était pas encore permis le temps de la nostalgie. N’était pas encore arrivé le temps de la résignation. Il ne restait que la colère, la tristesse et la survie. Regarder, tolérer, réapprendre le quotidien. Retourner comme beaucoup, au double de ma vie.

Nous sommes nombreuses et nombreux à mener une existence double, douloureusement double. L’écart est exacerbé pour certain·e·s. J’aimerais écrire pour celles et ceux qui, comme moi, ont connu en un an deux guerres à distance. Pour porter les questions fébriles que nous avons en partage. En permanence, nous nous demandons : où déplacer la douleur, cette forme opaque et incandescente qui occupe partout l’espace ? Comment conjuguer le refus de normaliser, et la nécessité de s’accrocher au quotidien ?

Le monde de la paix est parfois hostile, et je suis réticente à dévoiler tant de vulnérabilité. Mais j’écris cette fois, parce que certains témoignages concernent notre travail en commun et nos quotidiens partagés. Aussi doué·e·s que nous soyons dans l’art d’être d’éternels caméléons, il n’est pas acceptable de faire semblant à tout prix et à n’importe quel coût. D’expérience, nous savons que le monde est prompt à nous oublier, et à nous raconter à notre place. Alors un mot, en guise de témoignage.

La guerre met tout en perspective. Parce qu’elle nous expose à notre plus grande peur : subir l’anéantissement des lieux qui nous ont construits, devoir traverser la perte et le deuil à une échelle si abstraite, et pourtant si matérielle. Pour moi qui ne vis pas sous les bombes, il s’agit avant tout d’un effondrement de l’intime ; la fragilisation de la mémoire, de l’amour, de…

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