La fin de l’année 2025 a vu l’Iran replonger dans une contestation d’ampleur nationale. Le 28 décembre, la grève des marchands des bazars de Téhéran, déclenchée par l’effondrement de la monnaie et la flambée des prix, a rapidement fait tache d’huile. Comme la répression menée par l’appareil sécuritaire de la République islamique : selon l’organisation Human Rights Activists in Iran, elle a déjà fait 2 403 morts parmi les civils et conduit à l’arrestation de plus de 18 000 manifestants.
Chercheuse post-doctorante en sciences politiques, Dorna Javan travaille depuis plus de douze ans sur les réponses des régimes autoritaires aux crises écologiques. Iranienne, formée à l’université de Téhéran avant de poursuivre ses recherches en France, elle a consacré sa thèse aux mécanismes d’invisibilisation des désastres environnementaux en Iran. Reporterre l’a interrogée sur les ressorts écologiques, politiques et sociaux de la crise actuelle.
Reporterre — Que vous inspire cette forte mobilisation populaire et la terrible répression du régime ?
Dorna Javan — Une grande partie de ce qui se passe aujourd’hui est malheureusement bien connu de la population iranienne. Ce n’est ni la première révolte, ni la première fois que le régime mobilise l’ensemble de son appareil répressif : police, justice, forces militaires et paramilitaires, notamment les Gardiens de la révolution et les bassidjis.
Ce qui frappe, en revanche, c’est la rapidité de l’escalade. La police, relativement en retrait au début du mouvement, a basculé en moins d’une semaine dans une violence beaucoup plus directe contre les manifestants. La coupure quasi totale des moyens de communication est également une stratégie ancienne, mais jamais elle n’avait duré aussi longtemps. En 2009, puis en 2022, malgré les blocages d’Internet, les communications téléphoniques avec nos familles restaient possibles. En juin…
Auteur: Eva Samaddar

