Les frappes américano-israéliennes ont causé des dommages importants en Iran. Des centaines de personnes ont été tuées, de nombreuses villes ont été touchées, et plusieurs personnalités de premier plan du régime ont été éliminées, à commencer par le Guide suprême Ali Khamenei. Comment la société iranienne vit-elle cette séquence, qui intervient peu après l’écrasement extrêmement sanglant des manifestations de janvier dernier ? Entretien avec Caroline Azad, spécialiste de l’Iran, chercheuse associée à la Maison des sciences humaines de l’Université libre de Bruxelles.
Tout d’abord, une question personnelle : vos proches en Iran sont-ils en sécurité ?
Caroline Azad : Depuis samedi matin, nous n’avons eu que des bribes de nouvelles. Internet et le téléphone ne fonctionnent que par intermittence. Apparemment, tout le monde va bien, mais Téhéran est lourdement frappé, et beaucoup de gens ont quitté la capitale. L’inquiétude est évidemment très grande.
Le Guide suprême a été tué, de même que plusieurs personnalités de premier plan. Selon vous, le régime iranien peut-il tenir ?
C. A. : Le régime cherche à afficher un semblant de stabilité, notamment en annonçant l’instauration d’un conseil de direction intérimaire ; et il fait tout pour indiquer à la population qu’il n’entend rien céder, en poursuivant, malgré la situation actuelle, la répression épouvantable qu’il abat sur les Iraniens depuis fin décembre 2025. On sait qu’un certain nombre de personnes qui avaient célébré dans les rues l’annonce de la mort de Khamenei a été abattue par les forces de sécurité. Des vidéos nous sont parvenues montrant des gens, notamment des jeunes, qui exprimaient publiquement leur joie, avant même que la nouvelle soit officialisée par la télévision d’État.
Auteur: Caroline Azad, Docteure en Sciences politiques, Université Libre de Bruxelles (ULB)

