Isabelle Cambourakis est éditrice, responsable des collections « Sorcières » et « Radeau » aux éditions Cambourakis. Elle est aussi libraire dans les Cévennes et chercheuse indépendante, travaillant depuis une quinzaine d’années sur la sociohistoire des luttes et des mouvements sociaux. Elle a également été enseignante en région parisienne, syndicaliste à SUD, et défend la pratique de l’école du dehors.
La collection « Sorcières » fête ses dix ans. Sa genèse est-elle liée à un moment politiqueou militant particulier ?
Isabelle Cambourakis : Mon frère dirigeait la maison d’édition et m’a proposé de réfléchir à une collection de sciences humaines. C’est devenu l’occasion de créer une collection axée sur le féminisme. En 2013-2014, il existait très peu de collections, de maisons d’édition ou de librairies spécialisées sur ces questions. Politiquement, il y avait de multiples remises en question du droit à l’avortement en Europe (Espagne, Pologne…), et on baignait dans un contexte réactionnaire d’attaques homophobes avec les manifestations contre le mariage pour tous. La situation était bouleversante et inquiétante pour plein de gens. Parallèlement, je fréquentais des espaces féministes bouillonnants et je commençais à mener des recherches sur l’histoire des mouvements sociaux des années 1970.
Notre désir profond était de publier des textes ayant une efficacité politique.
J’étais dans un moment de grande politisation via la recherche de textes, de découvertes intellectuelles, de pratiques militantes, d’expériences dans des espaces syndicaux et des milieux libertaires qui ont une grande pratique de la traduction de textes et de leur diffusion via des brochures, des infokiosques ou des bibliothèques. En outre, j’avais été libraire pendant dix ans, donc au contact de plusieurs textes comme ceux de Starhawk, une militante…
Auteur: Vanina Delmas

