On a pu être étonnés d’entendre Benyamin Netanyahou invoquer « les valeurs morales d’Israël ». C’était, il est vrai, pour tancer son ministre Itamar Ben Gvir qui venait de diffuser des images le montrant à Ashdod (au sud d’Israël) brandissant, hilare, un drapeau israélien au milieu de militants de la flottille pour Gaza agenouillés, et faces contre terre. Après un génocide à Gaza, une épuration ethnique en Cisjordanie, des bombardements massifs sur le sud du Liban, on se demandait où donc étaient encore les valeurs morales de Netanyahou. Le Premier ministre israélien les a placées exactement où elles sont. C’est-à-dire évidemment pas dans la condamnation de l’assassinat quasi quotidien de villageois palestiniens par des colons armés, encouragés et protégés par le même Itamar Ben Gvir.
Netanyahou parle à Macron et à Meloni indignés par le sort réservé à leurs ressortissants, mais à peu près indifférents au colonialisme violent.
Ces meurtres et ces maisons incendiées ne sont pas incompatibles avec la morale israélienne telle que la conçoit Netanyahou. Au contraire, ces raids barbares font partie d’une morale supérieure, en ce qu’ils concourent à l’accomplissement d’un projet messianique qui fait nécessité de chasser les non-juifs de la terre de « Judée-Samarie », nom biblique de la Cisjordanie. La morale de M. Netanyahou se faufile donc entre deux crimes. L’un acceptable, l’autre qui ne l’est pas. Mais à qui parle le Premier ministre quand il invoque ses « valeurs morales » ? Moins à cette partie de l’opinion israélienne qui adore Ben Gvir, et dont il aura encore besoin en vue des élections de l’automne prochain pour faire face à la concurrence del’ultranationaliste Naftali Bennett et du centriste Yaïr Lapid.
Sur le…
Auteur: Denis Sieffert

