En 1955, Italo Calvino publiait dans une revue engagée un récit, Les Avant-gardistes à Menton, intégré un peu plus tard dans un recueil, assez peu connu en France, intitulé L’Entrée en guerre. Largement autobiographique, il racontait l’expérience d’un jeune enrôlé dans le corps des « avant-gardistes », sorte de troupe de jeunes militarisée, mise en place par un régime fasciste qui, au lendemain de l’invasion allemande en France, avait courageusement déclaré la guerre à la France. L’armée italienne « s’enfonçait » jusqu’à Menton ! Soit une poignée de kilomètres avant que Rome n’ordonne de stopper cette glorieuse « avancée ». Italo Calvino y déploie sa perception clairvoyante et extrêmement précoce du « naufrage » promis au régime mussolinien dès son entrée dans la Seconde Guerre mondiale.
Dans le volume de Correspondance récemment publié – qui débute en 1940 –, on découvre donc la lucidité de ce jeune homme qui a grandi à San Remo, belle petite bourgade de la Riviera ligure, encore rurale mais déjà lieu de villégiature, à une encablure de la Côte d’Azur française. Son enfance et son adolescence seront, comme celles de la plupart des jeunes Italiens de l’époque, profondément marquées par la période fasciste.
Résistance et effervescence
De tous ses amis de jeunesse, il fut l’un des rares à rejoindre la Résistance, s’étant toujours montré critique vis-à-vis du régime dont il dut alors intégrer les unités militaires. Dans une lettre de l’été 1945, à peine démobilisé des « brigades garibaldiennes », il raconte ses années de résistance dans les montagnes à l’un de ses anciens condisciples de lycée et proche ami, Eugenio Scalfari, futur député socialiste puis fondateur en 1976, en pleine effervescence de l’extrême gauche contestataire, du grand quotidien de centre gauche,…
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Auteur: Olivier Doubre

