Ivan Illich : ralentissons, la société d'abondance est un leurre

Quand va-t-on faire le procès de la société dite d’abondance, comme Ivan Illich y incitait dès les années 1960 avec ses brûlots contre la société de croissance ? Ce grand vivant au regard jovial, historien devenu prêtre en 1951 (il dira n’en avoir jamais compris la raison), aurait eu 100 ans le 4 septembre si son cœur n’avait cessé de battre le 2 décembre 2002.

Au fil de ses publications, cet érudit batailleur autrichien avait acquis une réputation internationale de penseur radical de l’écologie politique, notamment avec cinq pamphlets publiés dans les années 1970 : Libérer l’avenir — Pour une révolution des consciences (1971) ; Une société sans école (1971) ; La Convivialité (1973) ; Énergie et Équité (1975) ; Némésis médicale (1975).

Depuis leur parution en français, cinquante ans et quelques ont passé, avec leur pléthore d’inventions techniques et de désastres écologiques. Pourtant chaque « actualité » qui perce en cette rentrée semble y avoir été anticipée, qu’il s’agisse de l’augmentation des prix de l’énergie, des failles du système médical ou encore du manque de logements. Maintenant que nous sidère le leurre de la transition écologique — les extrêmes climatiques augmentant à proportion de la consommation d’énergie fossile —, ces livres restent porteurs de questions essentielles.

Une perversion du progrès

Le titre du premier des pamphlets d’Illich, Libérer l’avenir — Pour une révolution des consciences, est révélateur de ses convictions. Il n’y parle pas « utopie », « libération des imaginaires », mais nécessité d’une transformation des institutions (école, hôpital, secteur de l’énergie…). À ses yeux, elles sont devenues des « outils » formatés par les puissants de la société industrielle pour servir sa culture marchande et inégalitaire — pensez notamment à l’invasion de l’école par le numérique,…

La suite est à lire sur: reporterre.net
Auteur: Catherine Marin