« Jacques Julliard est-il de droite ? »


Dans sa première et lointaine vie, le normalien et agrégé d’Histoire Jacques Julliard était un historien crédible du mouvement ouvrier, grand admirateur du syndicaliste révolutionnaire Fernand Pelloutier (1867-1901) – lequel souhaitait ardemment « annihiler la résistance du capitalisme et de ses moyens de coercition ». Julliard lui-même pratiquait alors le syndicalisme – à la CFDT, certes, mais après tout, cette centrale, en ce temps-là, n’était pas encore tout à fait la cellule d’accompagnement psychologique des gouvernements libéraux qu’elle est devenue par la suite.

« Un capitalisme assumé »

Puis, Jacques Julliard devient éditorialiste. Au Nouvel Observateur, d’abord, où il entre en 1978. Il va y rester trente-deux ans, qu’il consacrera pour l’essentiel, à la sainte mission d’installer ses lecteurs dans l’adoration, relativement éloignée des idéaux d’un Pelloutier, d’un « capitalisme réel, assumé, mais régulé et moralisé par des gens de gauche [1] ». Il confessera en 2004 : « Notre créneau, que voulez-vous, c’est la gauche socialiste, c’est la gauche modérée. À ceci près, n’oubliez pas, que 40 % de nos lecteurs votent à droite. C’est considérable. »

Par égard, peut-être, pour ce si conséquent segment de sa clientèle, Julliard entrecoupe parfois ses odes à l’ordo-capitalisme de prêches dans lesquels pointe déjà le publiciste reconverti dans l’imprécation vénéneuse qui, vingt-cinq ans plus tard, fera se pâmer la droite dure. En 1995, par exemple, il établit posément « un lien évident entre l’immigration et une délinquance vécue comme insupportable ». Deux ans plus tard, il donne, toujours dans Le Nouvel Observateur, cet avis, d’une rare puissance émétique, sur le « féminisme à l’américaine », qualifié par lui de « solution finale » – nous verrons plus loin qu’il a le goût des amalgames et raccourcis renvoyant au IIIe Reich :…

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Auteur: Sebastien Fontenelle

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