« J’ai envie de changer de métier après chaque film »

« À cause de la violence des tournages, j’allais sur les plateaux la boule au ventre. J’ai commencé à faire de l’insuffisance rénale à 26 ans. » Aujourd’hui âgée de 42 ans, Manon*, maquilleuse, ne compte plus les remarques à caractère sexiste ou sexuel qu’elle a essuyées. Et se souvient des fois où elle se retrouvait coincée par un réalisateur contre les murs des décors. « C’était tous les jours un petit stress, mais je l’ai intégré. Je comprenais bien que j’étais une petite main. »

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Les prénoms suivis d’une astérisque ont été modifiés.

Cette vulnérabilité des « femmes de l’ombre » du cinéma, Judith Godrèche a tenu à la souligner lors de son audition au Sénat : «Vous ne parlez que des actrices. En une journée, j’ai reçu 200 témoignages de techniciennes qui ont toutes reçu un selfie du sexe d’un réalisateur français, raconte-t-elle. […] C’est une industrie dans laquelle on écarte les gens. Il y a le risque de ne plus travailler. »

Trop précaire pour partir

Selon l’âge et la fonction occupée sur le plateau, la précarité n’est pas forcément ressentie de la même manière par toutes. En début de carrière, elle peut se révéler particulièrement écrasante. « Je suis restée parce que, financièrement, je ne pouvais pas partir », raconte Caroline, qui occupe diverses fonctions en HMC (habillage, maquillage, coiffure). Elle se souvient d’un épisode douloureux lors duquel le réalisateur n’a pas hésité à la « prendre par le bras » pour la « sortir du plateau ». « J’ai vraiment cru qu’il allait me frapper », confie-t-elle.

Et la pression financière s’alourdit avec l’arrivée d’un enfant. ­Pauline*, technicienne de 46 ans, a été…

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Auteur: Lola Dubois-Carmes