À la suite de son assermentation comme 47e président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump a rapidement altéré les termes de la conversation du pays, clame-t-on sur bien des tribunes. C’est cette thèse que reprenait il y a peu l’historien américain Timothy Naftali, professeur à l’Université de New York.
L’assertion du spécialiste est-elle aussi juste et précise qu’il y paraît ?
On ne peut évidemment minimiser l’impact qu’aura le nouveau locataire de la Maison-Blanche sur l’évolution des États-Unis, voire sur celle du monde. Son désir est de passer à l’Histoire comme redresseur de l’Amérique et sauveur de l’humanité. À cet effet, il entend reconfigurer la nation américaine suivant son programme, qu’il croit légitime et heureux à défaut d’être légal et vertueux.
Pour parvenir à ses fins, Trump — ne nous méprenons pas — n’entend nullement sortir de la conversation nationale, pas plus qu’il ne désire rompre avec le lexique de son pays. C’est le contraire qui est vrai. Depuis son entrée en politique, l’homme à la crinière dorée exploite à sa guise certains mots clés de la nation américaine, ceux par lesquels cette nation s’est historisée dans le temps et qui, en retour, l’ont consolidée comme communauté nationale, d’hier à aujourd’hui.
Les mots constitutifs de la nation américaine
Professeurs à l’Université Laval et auteurs de plusieurs publications sur les identités nationales, nous nous penchons depuis longtemps sur la production, la transmission et l’assimilation des représentations de la nation dans la société, y compris par la voie lexicale.
Une recherche de notre cru, bientôt en librairie, nous permet d’éclairer le discours de Trump et de saisir les fondements et filaments de sa rhétorique.
Auteur: Jocelyn Létourneau, Professeur émérite d’histoire, Université Laval

