Un an et demi que j’ai entamé une pause de tournées, et je peine encore à dormir sans me réveiller en sursaut à des heures incohérentes, frappée par le stress et l’adrénaline. Je suis pourtant dans la forêt, entourée de mes filles félines et de mon amoureuse, je devrais être paisible, mais non : le stress me réveille, je me dissocie, mon système de survie se déclenche.
Comme un bug qui serait devenu constitutif de mon système nerveux. Comme si mon corps ne savait plus se reposer, comme si j’avais été façonnée par les dix dernières années dans cette industrie et que je ne savais plus être autrement.
J’ai tout fait avec mon groupe ; notre vie, c’était la tournée, plus de 600 concerts en dix ans, des bars PMU à jouer devant le seul barman, à la scène des Vieilles Charrues devant des milliers de personnes. Ce milieu est déjà violent pour les corps valides (1), mais alors qu’en est-il du double travail qu’il exige pour les personnes handies (invisibles ou non), neurodivergentes ?
L’enquête Cura de 2019 et l’étude britannique « Can Music Make You Sick ? » révèlent que plus de 80 % des professionnel·les de la musique souffrent d’anxiété ou de dépression.
La charge mentale et physique du mode survie permanent, de l’adaptation sociale que ça demande à chaque instant, sans routine ni ancrage, à dormir par fragments, à être prêt·e·x à performer à chaque instant, est colossale. Cette industrie capitaliste ultra-productiviste demande des corps normés et adore romantiser la souffrance dans la création, érigeant en mythe la figure de l’artiste torturé·e·x, son alibi parfait pour s’affranchir de ses responsabilités face à l’épuisement qu’elle génère.
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Auteur: Artieficielle

