Vous lisez l’enquête « Eacop : emprise Total, résistances locales ».
C’est l’un des projets d’extraction d’énergie fossile les plus titanesques en cours de réalisation, loin de nos regards, et qui nous concerne pourtant toutes et tous : Tilenga-Eacop, de plus de 1 400 km à travers l’Ouganda et la Tanzanie. Un oléoduc chauffé battant tous les records, dans le but d’exporter du pétrole ougandais vers le monde entier : pour nos voitures, nos avions, notre plastique, nos cosmétiques. Reporterre vous emmène tout au long du tracé, à la rencontre des habitants et des paysages bouleversés.
District de Lwengo (Ouganda), reportage
Les plantations d’arbres à café recouvrent de toute leur densité les collines du centre de l’Ouganda. À première vue, rien ne pourrait venir troubler les villageois du district de Lwengo. Pourtant, les habitants savent déjà que le pipeline Eacop traversera bientôt leurs parcelles : de discrètes pierres de démarcation en dessinent le tracé au milieu de la végétation.
À mieux y regarder, donc, les signes sont partout. Là, en bord de route d’un village dans les hauteurs, une mosquée va être détruite et déjà a été compensée financièrement. Un peu plus loin, c’est au milieu de splendides caféiers vieux de 20 ou 30 ans d’une agricultrice âgée que le tracé est dessiné. L’œuvre de toute une vie. Cachée sous ces nobles arbres, une pierre tombale, simple et grise. Bien souvent, ici, les habitants enterrent leurs proches sur leurs parcelles. Pour qu’ils puissent reposer sur les terres où ils ont vécu.
Dans le village de Ndagwe, une étroite piste de terre brune révèle la maison de Nakintu, cachée dans les hauteurs des caféiers. Cette femme âgée de 86 ou 87 ans, née dans les années 1940, aux yeux vifs et si clairs qu’on les dirait transparents, vit ici avec ses petits-enfants et l’un de ses fils, Katoogo Kassimu. Elle cherche un temps dans sa…
Auteur: Gaspard Njock, Maïa Courtois

