Paris, reportage
Alexandre Roussel aurait préféré ne jamais avoir à s’intéresser au cadmium. Que ses interventions médiatiques se bornent à son sujet d’étude, l’énergie. Que ses nuits restent paisibles. Qu’il n’ait pas à les passer sur internet, à lire compulsivement des études sur les effets de ce métal toxique, présent dans la quasi-totalité de nos aliments. À choisir, le jeune chercheur aurait aimé que la substance reste, dans son esprit, ce qu’elle était depuis l’enfance : une simple case du tableau périodique des éléments. Le décès brutal de « l’une des personnes [qu’il] aimait le plus au monde », l’année de ses 25 ans, en a voulu autrement. Et le pousse à batailler pour interdire « le poison de nos assiettes ».
En décembre, à 58 ans, sa mère, Milena Roussel a succombé à un cancer du pancréas, comme plus de 12 000 personnes, chaque année, en France. Comptant parmi les pathologies cancéreuses les plus meurtrières — seules 11 % des personnes qui en sont atteintes sont encore en vie cinq ans après leur diagnostic —, son incidence progresse à un rythme alarmant dans plusieurs pays, dont la France, quatrième le plus touché par ce mal (après l’Uruguay, la Hongrie et le Japon). Dès 2030, le cancer du pancréas pourrait y devenir la deuxième cause de mortalité par cancer.
Pourquoi cette hausse ? La question fait des rondes dans le cerveau d’Alexandre Roussel depuis des mois. Depuis ce jour d’été 2025 où le diagnostic de sa mère est tombé, et a fait chavirer leur existence. Conseillère en communication près de Toulouse, la quinquagénaire d’origine serbe venait de se lancer dans l’écriture d’un recueil de nouvelles, Vivre de rien, sur la vie dans les îles où elle avait voyagé. « C’était quelqu’un de très altruiste, très aimant, pas du tout matérialiste », raconte son fils, cadet d’une fratrie de deux.
« Je faisais de la rando avec un…
Auteur: Hortense Chauvin, Mathieu Génon

