« Jardiner, est-ce créer ou détruire ? »

Notre journaliste Marie Astier a un grand potager, chez elle, dans les Cévennes. Dans cette chronique, qui paraît désormais le troisième samedi de chaque mois, elle livre astuces et réflexions, parce que jardiner… c’est politique.


Je vous racontais dans ma dernière chronique le message d’alerte envoyé par le liseron des champs sur l’état du sol de notre potager. Je venais alors tout juste de recevoir l’ouvrage de Gérard Ducerf sur les plantes bio-indicatrices. Depuis début septembre, j’arpente mon jardin tête baissée, ce gros livre peu pratique à la main, cherchant à identifier tout ce qui pousse spontanément.

Je poursuis ma récolte d’indices. Je me réjouis de la présence de plantain lancéolé (synonyme de sol équilibré), grimace à la vue des chénopodes blancs (sol trop riche en matière organique animale), constate que les orties poussent bien là où l’on peut les attendre (sol riche en fer), me perds dans l’infinie variété des graminées, constatant à quel point le mot « herbe » est flou.

Mon premier constat au bout de quelques jours de recherches n’est pas très étonnant. Il pousse dans nos pelouses, plates-bandes et allées majoritairement des plantes de vallée alluviale, adaptées aux terres limoneuses. Un reflet logique de notre parcelle, située en bord de rivière. Cependant, leur répartition sur le terrain trahit nos habitudes. Tiens donc, des plantes indicatrices de piétinement (patience violon) sur nos lieux de passage, de surpâturage (trèfle blanc) où les oies broutent… Même là où l’on laisse l’herbe librement pousser, la flore de notre jardin n’est pas « spontanée », « naturelle ». Elle est aussi le fruit de nos usages.

Un constat déchirant

Ce qui m’amène à une question qui me taraude. Cultiver, est-ce une bonne idée ? Est-ce créer, féconder ou détruire ? Le constat est potentiellement déchirant. Jardiner est pour moi une activité d’intense…

La suite est à lire sur: reporterre.net
Auteur: Marie Astier

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