Depuis 2014, au moins 65 000 personnes sont mortes ou portées disparues sur les routes migratoires. En Méditerranée, des ONG tentent de leur porter assistance. Nemo est chef mécanicien à bord d’un navire d’assistance, le Sea Punk 1, de l’organisation allemande Sea Punks. Il raconte ses missions à bord et sa rencontre marquante avec Amat.
J’ai 43 ans. Je suis marin de marine marchande. J’aime la mer. Quand je suis sur l’eau, je me sens loin d’un monde qui ne me plaît pas toujours. Depuis novembre, je suis chef mécanicien sur le Sea Punk 1, un ancien chalutier transformé en bateau d’assistance aux personnes exilées en Méditerranée. Sur le bateau, on ne dort pas beaucoup. On enchaîne les roulements, 12 à 14 heures par jour. Si on dort cinq heures d’affilée, on est contents.
Je me souviens de mon premier sauvetage en novembre 2024. Dans mon carnet, j’ai écrit : « Moteur HS. 50 jeunes hommes. Certains à cheval sur les boudins de l’embarcation. D’autres au fond. Tous assis. Les passeurs rentabilisent. Pas la place de s’allonger. Deux jours et deux nuits sur un zodiac de 10 mètres depuis Tripoli. Sans dormir ni manger. »
On calme les gens, on distribue des gilets de sauvetage, des pilules anti-vomitives.
Quand on repère une situation alarmante, signalée par Frontex ou Alarm Phone, ou observée aux jumelles, notre mission est de stabiliser la situation. On calme les gens, on distribue des gilets de sauvetage, des pilules anti-vomitives, des barres protéinées. Et on contacte les autorités. En général, les autorités maltaises ne répondent pas. On contacte le centre de coordination italien à Rome, qui est l’autorité de sauvetage de la zone voisine, puis de nouveau Malte. Italie, Malte, Italie, Malte, Italie. Ça fait un ping-pong. Malte nous donne une adresse mail qui ne fonctionne pas. Ça peut durer trois ou quatre heures.
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