Notre journaliste Marie Astier a un grand potager, chez elle, dans les Cévennes. Dans cette chronique mensuelle, elle livre astuces et réflexions, parce que jardiner… c’est politique.
En ce mois de juin, l’activité au potager bat son plein. Dès que les températures et les UV nous laissent quelque répit, dès que nous avons un moment de libre, nous sommes dehors. Je finis de planter, je désherbe, je paille, j’attache les tomates et enlève leurs gourmands. Puis revenus à la maison, parfois à la nuit tombée ou dans les chaudes heures du jour, on écosse les pois, on cuit les pêches trop nombreuses pour être consommées juste fraîches, on commence les stocks pour l’hiver avec les excédents qui débutent déjà.
J’ai les mains alternativement pleines de terre, de chlorophylle, de jus de pêche. Je me promène tout le long du weekend dans le quartier avec mon vieux chapeau de soleil, un pantalon de toile légère maculé de brun, des bottes un peu déchirées, un tee-shirt moite, des mèches en bataille et le front saupoudré de poussière.
« Des ongles encore un peu noirs et un reste de terre dans les cheveux »
D’année en année, j’ai pris l’habitude de me « salir ». J’ai peu à peu lâché les gants pour de plus en plus d’activités : enfoncer mes plants dans la terre boueuse, prendre le compost à pleines mains, désherber quand il n’y a pas de ronces. Cela me permet d’être plus précise, plus rapide. J’ai peaufiné mon accoutrement de jardin en fonction des saisons pour m’agenouiller, m’asseoir, m’engager sans hésitation dans toutes sortes de tâches sans craindre, justement, la tache. Je regarde aussi mes enfants patauger dans la terre sans trop m’émouvoir.
« Pourquoi ainsi m’inquiéter du regard des autres ? »
Et pourtant, quand je reviens du jardin mon panier plein de récoltes à la main, alors que je devrais être fière, parfois un sentiment de honte me traverse. Je me…
Auteur: Marie Astier

