« Je n'ai jamais ressenti un tel sentiment de communauté » : se mobiliser, un remède aux angoisses des jeunes

Paris, Aubervilliers et Saint-Denis, reportage

C’est la génération Gaza, canicules et IA. Les cortèges et les blocus sont un exutoire à des angoisses ténues, souvent sourdes, pour bon nombre de lycéens et d’étudiants. Si Parcoursup est devenu le symbole d’un avenir empêché, les consciences sont traversées par plusieurs des grands nœuds du moment, à en croire les paroles recueillies lors de la grève générale du 5 novembre à Paris et en Seine-Saint-Denis.

Devant les lycées Henri Wallon et Le Corbusier, tout proches l’un de l’autre à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), plusieurs centaines de lycéens patientent toute la matinée dans un face-à-face tendu avec les gendarmes mobiles. Ahmed, Kinsley et Madji, 17 ans, égrènent les dizaines de raisons de leur colère. Les locaux surchauffés l’été et glacés l’hiver, les profs de français absents l’année du bac, le mépris ressenti de la part de la cheffe d’établissement… « Pendant la canicule, nous n’avions qu’un seul ventilateur pour 30 personnes. C’est invivable et c’est injuste, par rapport aux lycées parisiens qui ont plus de moyens que nous », gronde Ahmed. Chez ces adolescents en plein apprentissage politique s’exprime le désir de s’offrir « un autre avenir que nos anciens, qu’on a vu galérer avant nous », glisse le lycéen.

Au premier rang de ces angoisses figurent la montée du racisme et des violences policières. « Nous sommes en train de vivre un tournant historique avec la montée du RN [Rassemblement national], et quand on se mobilise pour notre avenir, on nous envoie les CRS », soupire Esther, 19 ans, de l’école d’art Estienne, dans le cortège parisien qui peine à s’élancer tant la foule est nombreuse et compacte en cette journée de grève générale.

Ces paroles font écho à de nombreux indicateurs montrant un sentiment d’inquiétude largement répandu : 65 % des jeunes Français sont aujourd’hui…

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Auteur: Erwan Manac’h, NnoMan Cadoret