Corinne Morel Darleux est une militante écosocialiste, essayiste et romancière. Elle est l’autrice de Chimères tropicales (éd. Dalva, 2026), et de Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce (éd. Libertalia, 2019).
Avant-propos : Les événements vont à une telle vitesse qu’il me paraît utile de préciser que je ne sais pas dans quel contexte cette chronique sortira. J’ai commencé à la rédiger avant le début du mouvement lycéen. Puis j’ai hésité, craignant que le timing se révèle inapproprié. À la réflexion, une urgence n’efface pas l’autre, les indignations ne se soustraient pas, et même si cela peut sembler paradoxal, le contexte explosif et l’échéance présidentielle n’invalident en rien les raisons de ce départ de Meta, bien au contraire.
C’est décidé, je quitterai bientôt tous mes comptes Meta. Je crois vraiment qu’on ne convainc plus grand monde sur ces réseaux, dont les algorithmes nous enferment dans des bulles de filtres, entre personnes partageant déjà les mêmes opinions, ou au minimum les mêmes indignations. On s’y informe mutuellement, c’est vrai, et de nombreuses mobilisations s’organisent sur les réseaux sociaux. Mais n’oublions pas que c’est aussi le cas pour le camp d’en face, comme on l’a vu samedi 24 octobre avec les petits groupes d’extrême droite qui se sont déployés simultanément dans tout le pays.
C’est sur ces mêmes réseaux que s’exercent également la surveillance et la répression, à l’aide d’outils de reconnaissance faciale et avec le renfort de volontaires invités par le gouvernement à scruter chaque vidéo, chaque photo de manifestation ou d’émeutes urbaines pour identifier les responsables et les traîner en justice. Ce qui est d’autant plus inquiétant qu’avec l’IA générative, cela devient un jeu d’enfant d’incriminer quelqu’un à qui on veut nuire en générant de fausses images ou vidéos d’une personne…
Auteur: Corinne Morel Darleux
