« Je ne suis pas sûr qu'il soit là dans un an » : un paradis des oiseaux bientôt englouti sous les eaux

Banc d’Arguin (Gironde), reportage

Derrière sa longue-vue, un compteur à cliquet dans la main, Paul Capbern a les yeux rivés sur un groupe de jeunes goélands posés sur le sable. « J’en compte 89 », lance l’ornithologue et garde-technicien. C’est six fois moins que l’an dernier. Sur les 800 nids recensés en avril, l’immense majorité ont été détruits. « Les tempêtes et les gros coefficients de marée ont enseveli les œufs et les poussins. Beaucoup de jeunes goélands sont morts à cause des submersions », analyse l’ornithologue.

Ruban de sable fin situé à l’entrée du bassin d’Arcachon, accessible uniquement en bateau, le banc d’Arguin est un trésor de biodiversité où, chaque année, des milliers d’oiseaux marins viennent nicher à même le sable ou faire une halte dans leur migration. « Pour eux, c’est l’idéal. Il n’y a aucun prédateur : pas de renard, pas de chien, pas de sanglier et pas d’humain », explique Benoît Dumeau, conservateur de la réserve naturelle du banc d’Arguin.

Tous les mois, une équipe de la réserve se rend sur le banc pour y compter les oiseaux marins, et assiste en même temps à sa disparition : au gré des tempêtes et des marées, l’îlot de sable s’érode. Long de 7 km il y a cinq ans, il n’en fait plus que 2,5 aujourd’hui. Un phénomène naturel aggravé par les tempêtes hivernales répétées et la hausse du niveau de la mer, qui menace plusieurs espèces qui viennent y nicher, telles que le goéland, le gravelot à collier interrompu et l’huîtrier pie.

« Je ne suis pas sûr qu’il y ait encore un banc d’Arguin l’an prochain »

Inféodées aux milieux sableux et gardant la mémoire des lieux, ces espèces reviennent chaque année et nichent là où elles peuvent, au plus près de l’eau. « Il n’y a plus de point haut. Dès qu’il y a un fort coefficient de marée, les vagues emportent tout. Je ne suis pas sûr qu’il y ait…

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Auteur: Alban Dejong, Amandine Sanial