Trois poèmes inédits en français et d’actualité.
Prends garde à toi, soldat
Prends garde à toi, soldat, serre ton poste de radio,
revêts ton casque, ton gilet pare-balles, creuse autour du village
des fosses inviolables, affame-le
s’il le faut, mange les friandises de maman, ajuste bien
ton tir, garde propre ton fusil, cajole
la Jeep blindée, le bulldozer, la terre, un jour elle sera
tienne, petit David, mon chéri, ne meurs pas, s’il te plaît.
Surveille Goliath le paysan, il essaie de vendre sa citrouille
au marché local, il mendie l’achat d’un cadeau pour son petit-fils, supprime
le diabolique Haman à qui tu as refusé les soins pour bronchite, éradique le
sang d’Eva Braun en vérifiant si ses douleurs d’enfantement sont réelles, fais taire son
cri, c’est ainsi que les maternités fonctionnent. Il n’est pas facile
d’avoir d’aussi belles valeurs humaines, sois fort, prends garde à toi, oublie
tes actes, oublie l’oubli.
Que tes jours soient longs, que les jours de tes enfants
soient longs, qu’un jour ils apprennent tes actes,
qu’ils se bouchent les oreilles et qu’ils hurlent de terreur,
et que les cris de tes fils et de tes filles ne tarissent jamais.
Sois fort, doux David, vis longtemps jusqu’à voir les yeux de tes enfants,
s’ils te tournent hâtivement le dos pour te fuir, reste proche de tes frères d’armes,
après que tes fils t’ont renié, scelle le pacte des renégats.
Prends garde à toi, soldat-enfant.
Ballade du prisonnier D.
En décembre 72,
dans l’obscur après-midi
d’un hiver stérile et accablant,
sans latitude pour la nostalgie,
cellule 6,
prison 6,
lit du bas, troisième à droite –
le soldat D. fut surpris
en train de se masturber.
Sous la rude couverture militaire,
dans son uniforme,
il fut pris
sur le fait.
Pour dire vrai :
la découverte ne vint pas des matons militaires,
eux que l’on disait encore enivrés,
en ce décembre 72,
par la victoire de…
Auteur: dev

