« Je ne veux pas être déportée » : au CRA d’Oissel, la mécanique de l’enfermement

Ineza est roulée en boule sur un lit. Son corps est secoué par les sanglots qu’elle tente de ravaler : « Je ne veux pas être déportée, je ne veux pas être déportée. » Son vol est prévu deux jours plus tard. La détresse déchire sa voix, les mots sont hachés : « Mon mari est en France. » Elle n’en peut plus : « Je ne suis coupable de rien, je n’ai seulement pas de papiers. » Elle fond en larmes. La scène a lieu dans un dortoir de la « zone femmes » du centre de rétention administrative (CRA) d’Oissel-sur-Seine (76).

Hier, une fille a été expulsée. Elle est tombée. Ils l’ont ramenée comme ça.

Yamina

Près de la tête d’Ineza, enfoncée dans l’oreiller, plusieurs calendriers ont été dessinés sur le mur. La police l’a prévenue : elle peut toujours refuser le vol, mais dans ce cas, c’est un délit, à savoir une soustraction à une mesure d’ordre public, ce qui la conduirait devant le tribunal. Khakina, une autre Géorgienne, un peu plus âgée, est désemparée face à ce qui attend son amie : « Elle n’a rien fait de mal. Comment ça peut être possible ? »

« Qu’est ce que je vais faire sans mes enfants ? »

Les murs du dortoir de quatre lits sont bardés d’inscriptions et de petits dessins. En énorme, on lit : « I HATE HERE » [Je déteste ici, en anglais, N.D.L.R.]. On voit aussi des numéros de téléphone inscrits là, au cas où elles seraient expulsées sans avoir pu prévenir leurs proches. La nuit, ces femmes ne parviennent pas tellement à dormir. Chaque bruit de porte les fait sursauter. « Hier, une fille a été expulsée. Elle est tombée. Ils l’ont ramenée comme ça. Ça fait peur » raconte Yamina, une Algérienne de 27 ans. La lumière passe faiblement entre les barreaux noirs de la fenêtre opaque.

Dans le dortoir des femmes, qu’elles appellent « cellule », les murs sont bardés d’inscription. « Je…

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Auteur: Pauline Migevant

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