Paris, reportage
Du bout des orteils, Hayat Chaïb tâtonne les contours du canapé et s’y assoit. « Iro, viens là. » Aussitôt dit, le chien-guide abandonne ses joujoux et enfouit son museau dans l’aine de la quinqua. Autour, trois ventilos tournent à plein régime. Le 26 juin, au cœur de la canicule, la température est grimpée à 36,3 °C dans ce T2 du XVe arrondissement de Paris.
« Le sol, les poignées de porte, la cuvette des WC… Tout était brûlant, se souvient la locataire. J’ai eu peur, très peur. » Au crépuscule, des proches ont accompagné le duo se réfugier dans un parc. Il y est resté jusqu’à 2 heures du matin. « Je n’oublierai jamais cette nuit. »
Au matin de cette nuit d’enfer, Marie-Thérèse, sa voisine du 2e étage, était retrouvée morte. « Son infirmier passait matin et soir lui prodiguer des soins. Il l’a découverte par terre, au pied du lit », raconte à Reporterre la belle-sœur de la défunte, Brigitte. Ancienne employée de mairie, elle aussi malvoyante, « Maïtée » allait fêter ses 69 ans en juillet.
« Une toute petite femme au sacré caractère, se remémore Maria Bedos, résidant ici depuis une quarantaine d’années. Le plus douloureux, c’est de savoir qu’elle est partie toute seule. » Retraitée vivant au 3e, Magaly N’guyen décrit « un choc terrible » : « Je ne prétends pas connaître les circonstances du décès, mais j’ai immédiatement pensé à la chaleur. »
Entre les 22 et 28 juin, dates auxquelles un épisode caniculaire de tous les records a touché l’Hexagone, près de 9 000 décès ont été recensés par Santé publique France. Soit 29,1 % de plus que la semaine précédente, et même 62 % concernant Paris et ses alentours. Parmi toutes ces victimes, beaucoup sont mortes loin des regards, à domicile.
« Hors de question que je m’évanouisse »
Le logement social où vivait Marie-Thérèse a été construit en 1981. Près…
Auteur: Emmanuel Clévenot

