A 53 ans, Vy ( qui a préféré l’anonymat afin de ne pas s’exposer) a décidé qu’elle ne laisserait plus rien passer : ni les blagues racistes, ni la relativisation ou la banalisation des récits colonialistes, ni l’infériorisation en tant que femme et en tant que personne racisée. Militante depuis un an dans une petite ville dont elle est devenue, dans les milieux engagés, une personnalité marquante, elle raconte le chemin de sa prise de conscience et les contours de sa nouvelle posture individuelle et collective.
J’ai décidé récemment que je n’en avais plus rien à faire. Littéralement.
Je ne parle pas de manquer d’empathie, ou de ne pas respecter l’autre. Je parle de ne plus accepter l’inacceptable et de prendre l’espace qui me revient, qui m’appartient. Je parle de ne plus rien laisser passer, de ne plus accepter un seul commentaire, une seule attitude raciste et sexiste à mon égard, ou d’autres que moi d’ailleurs, et ce, par qui que ce soit.
J’ai 53 ans et je l’ai décidé récemment.
Je n’en reviens d’ailleurs pas mais force est de constater que du jour où j’ai compris que je n’étais pas blanche et ce que cela impliquait dans notre société, j’ai choisi (et j’ai été aussi éduquée en ce sens) de me lisser, me polir, de me “blanchiser” en quelque sorte, tout en conservant l’exotisme attendu par la texture de mes cheveux, la couleur de ma peau et le fantasme leur étant lié. En d’autres termes : d’être acceptable avec l’espoir d’être acceptée.
Je me souviens du jour où j’ai compris cette, ainsi appelée, différence qui allait me coller à la peau, comme à tous celles et ceux qui partagent une mélanine foncée. Lilian Thuram en parle, Tania de Montaigne aussi, j’ai lu, dans les premières pages de son livre Noire : ce jour au cours duquel on apprend que l’on est noir. Dans mon cas, j’ai appris à l’école que mon père était noir. Je l’ignorais,…
Auteur: Vy

