J’avais l’idée que les bassines étaient un moyen de voler l’eau. Elles auraient aussi permis à une mauvaise agriculture de pousser encore, une habitation agressive de la terre se serait accrue. Je suis donc allé à Sainte Soline avec l’idée qu’il fallait manifester contre cette pente écocidaire. Je n’en avais pas envie, mais j’y suis allé par devoir. La peur au ventre, comme toujours.
J’ai fréquenté les marges de notre société de confort et de croissance. Il y avait la pluie, le froid, le bruit, la boue. Et puis un parfum d’ailleurs. C’est là où les Puissants tracent les limites du territoire citoyen. Là où ils ordonnent aux Forces de défendre leurs intérêts propres. En l’occurrence elles devaient défendre un trou.
Comme c’est un peu étrange, les Puissants leur avaient dit que les manifestants voulaient le détruire et qu’ils puaient la pisse – limite olfactive. Il faudrait marquer leur chair pour laver l’affront du désaccord et réaffirmer le territoire. C’étaient des déjections du corps, un dépassement malsain, et elles ne devaient surtout pas entrer à nouveau dans notre société, sans quoi tout pourrirait. Il fallait faire place nette pour empêcher que le désordre aille à l’infini.
Et donc, comme j’étais censé puer la pisse, j’avais peur d’être nettoyé. J’avais peur pour mes yeux, mes jambes, mes bras, mes oreilles. Mon corps savait que les Esprits souverains pensaient qu’une chose qui n’est pas à sa place la retrouve une fois meurtrie – elle peut être remise dans le tas d’immondices. Ma peur savait.
Par chance, je suis revenu en un seul morceau. Mais je n’ai pas senti la fierté du devoir accompli. J’étais seulement soulagé de ramener mon corps et mon ami avec son corps. Et j’avais de la peine pour les blessé.e.s. Je me disais qu’il leur aurait fallu se soustraire au sacrifice (celui que l’on autorise aux limites de notre société de confort et de…
Auteur: dev

