Cazenave-Serres-et-Allens (Ariège), reportage
Étendue sur la paille, une agnelle s’éteint à petit feu. Les lèvres enflées par un œdème, la langue bleutée par la cyanose, elle halète péniblement. « D’ici quelques heures, elle succombera. » Les doigts délicats d’Andréa caressent les bouclettes de l’animal. L’apaiser est illusoire, mais qu’importe, elle essaie. Puis l’éleveuse se lève, s’approche de son conjoint et l’interroge : « J’ai perdu le compte. 28 ? » Tapotant sa cigarette du bout de l’index, Rémi calcule silencieusement : « 31… et bientôt 4 autres. »
Aux confins de l’Ariège, La Bergerie d’Allens est frappée par la fièvre catarrhale ovine. Il y a quinze jours encore, la production laitière battait son plein et les clients se délectaient des crottins et yaourts à la boutique de la ferme. « Puis, ça a brusquement basculé, murmure Andréa. Le virus a frappé si fort que j’ai cru que toutes mes brebis allaient crever. » Le 3 août, 40 % du cheptel de basco-béarnaises avait été décimé.
Et l’hécatombe se poursuit. D’après le décompte du Groupement de défense sanitaire local, 154 foyers émaillaient le territoire ariégeois au 1er août. Transmis par les culicoïdes, de petits moucherons volant en essaim, le « blue tongue virus » (la « maladie de la langue bleue ») n’y avait pas été observé depuis 2008. Avec le changement climatique, les larves et les adultes résistent mieux à l’hiver et s’aventurent désormais en altitude. Détecté le 10 juin en Catalogne espagnole, le virus a essaimé à vitesse éclair dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, avant de se projeter vers l’ouest.
« Elles meurent les unes après les autres »
Deux cão de gado transmontano, de grands chiens de garde portugais, aboient au loin. La silhouette de leur maîtresse n’a pas échappé à leurs pupilles malicieuses. Autour d’eux, les brebis paissent à l’ombre…
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Auteur: Emmanuel Clévenot

