Grenoble (Isère), reportage
Devant le bâtiment, une plaque affichant le portrait d’un jeune homme souriant entouré d’une couronne de lierre a été posée. On peut y lire « Achille Baucher, martyr de la Recherche ». Tout autour, des bougies et des lettres de soutien ont été disposées. Cette mise en scène symbolise la mort annoncée de la carrière académique du doctorant de 27 ans.
Après plus de trois ans de travail, le chercheur en informatique devait soutenir lundi 1ᵉʳ juin sa thèse intitulée « Désescalade numérique : recherche-action au sein de l’écosystème grenoblois ». Quinze jours avant l’échéance, le Collège des écoles doctorales, en délégation du président de l’université Grenoble-Alpes, lui en a refusé le droit.
En cause : « Le contenu de la recherche présenté ne relève pas des mathématiques appliquées, la discipline d’inscription de la thèse. » Suivant cette logique, ce travail serait lié à d’autres domaines, comme les sciences sociales ou la philosophie, et il aurait donc dû être coencadré par des enseignants de ces disciplines.
Sauf que c’est précisément l’objet de la thèse d’Achille Baucher : une réflexion critique sur le numérique à partir du laboratoire de l’Institut d’informatique et mathématiques appliquées de Grenoble (Imag). Totalement à rebours des thèses habituelles dans ce domaine de recherche, la sienne ne comporte ni équation, code ou algorithme.
Une thèse qui dérange
Elle ne promet pas non plus de nouvelles méthodes plus performantes pour que les capteurs identifient les émotions d’un groupe de personnes, ni pour formuler des réponses automatiques pour les gynécologues en consultation, ni pour permettre aux voitures autonomisées de repérer les piétons.
Sa thèse s’articule autour d’une question centrale : « Face à l’accroissement continu du numérique dans nos vies et à ses conséquences sociales et…
Auteur: Jeanne Cassard

