Octon (Hérault), reportage
Sourire fier au milieu de sa barbe grisonnante, Mariano pose une photo sur la table du jardin. On le voit, dans la serre voisine, une laitue mouchetée à la main. « Ma dernière salade coupée comme chef d’exploitation », glisse-t-il sous l’œil complice de sa compagne, Martine. En mars 2024, ce couple de maraîchers a cédé la ferme à ses enfants, Kalima et Ismaël.
Pourtant, un an plus tard, le père manie encore la binette dans les parcelles, au grand dam de ses successeurs. « Je suis un peu trop présent, admet le paysan, qui vit toujours sur place. C’est difficile de se détacher… Dans ma tête, ce n’est pas complètement fini, je ne suis pas vraiment parti. » Un cheminement répandu dans le monde agricole, où les trois quarts des transmissions sont intrafamiliales.
Mariano et Martine sont arrivés sur les rives du Salagou à la fin des années 1990, en quête d’un terrain où produire des légumes. « Ici, il n’y avait que de la terre sang de bœuf, c’était une argile ferreuse, dure, au stade de désertification, se rappelle le cultivateur. Un élu du coin m’avait averti qu’on n’y ferait rien pousser, pas même un radis ! » Mais le couple était déterminé : un an après, il récoltait ses premières tubercules roses et piquantes.
Un oasis sur une terre hostile
À force de travail et de persévérance, les deux maraîchers ont amendé les quelque deux hectares de sol aride, planté des haies et des fruitiers, semé des fleurs tous azimuts, récupéré des semences anciennes adaptées à ce terroir hostile. Trente ans plus tard, le Jardin des Ruffats a des airs d’oasis. Malgré l’hiver pluvieux, les planches de choux, d’épinards ou d’artichauts déploient un camaïeu de vert lumineux au milieu de la terre rouille.
Le long d’un des chemins, Mariano a protégé de jeunes grenadiers du gel grâce à des bonbonnes plastiques coupées en deux. « Les enfants…
Auteur: Lorène Lavocat

