« Je voulais continuer à travailler »


Au bout de près de six ans de procédure, Florian Deygas a gagné contre son entreprise et obtenu que son licenciement soit jugé nul. Ce conducteur de bus avait été licencié peu de temps après avoir été diagnostiqué d’une sclérose en plaques. Son entreprise n’avait pas respecté les préconisations de la médecine du travail. Elle a aussi été condamnée pour harcèlement moral. Florian nous raconte son combat.


Un soir de mars 2016. J’avais 26 ans. J’étais au volant de mon bus lorsqu’une sensation étrange a traversé tout mon corps. Ma jambe ne répondait plus. J’ai garé le véhicule en urgence et appelé le Samu. Quelques jours plus tard, le diagnostic est tombé : sclérose en plaques. J’étais conducteur chez Trans-Landes depuis deux ans, après avoir été pompier et secouriste à Paris. Mon métier me passionnait. On me parlait d’évolution. Je croyais naïvement qu’un salarié malade pouvait continuer à travailler dignement.

L’angoisse, l’humiliation, la sensation de ne plus exister autrement que comme un problème.

Après quelques mois d’arrêt, j’ai repris le travail avec courage, en mi-temps thérapeutique. La médecine du travail avait prescrit des aménagements adaptés à mon état : un véhicule automatique, un rythme allégé, un accompagnement spécifique. Mais l’entreprise a fait en sorte que ces aménagements ne soient pas tous respectés. On m’a affecté à des véhicules inadaptés. J’ai été isolé, dénigré, humilié. Dès mon retour, un supérieur m’a accueilli d’un « Comment va l’immigré ? », alors que je suis né en France. Ce propos raciste, comme d’autres, a été tenu devant témoins. Rien n’a été fait.


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