Si Jean Jaurès s’opposait à l’influence politique de l’Église catholique, il n’en plaçait pas moins des principes spirituels liés au divin au coeur même de sa conception de l’humain et de la société. Éric Vinson, invité de Julien Théry pour ce nouvel épisode de La Grande H., revient sur cette dimension très largement ignorée et pourtant fondamentale de la pensée et de l’action politiques de celui qui demeure l’un des plus grandes icônes du socialisme français et de la République,
En France, les rapports de la gauche avec la question du religieux sont complexes, difficiles, depuis les origines de la politique moderne – c’est-à-dire depuis la Révolution française. Cette dernière vit en effet l’Église catholique confirmer la longue alliance du trône et de l’autel qui avait caractérisé l’Ancien Régime en prenant résolument le parti de la royauté capétienne contre la souveraineté nationale. Tout au long du XIXe siècle, les régimes politiques opposés à l’héritage démocratique et républicain de la Révolution se sont appuyés sur l’Eglise et ont reçu son soutien. La IIIe République et ses partisans furent d’autant plus portée à l’anticléricalisme que le « parti clérical » étaient hostile au régime.
Pourtant, depuis les Lumières, plusieurs grandes figures de l’émancipation et du progressisme ont fait une place importante à la question religieuse dans leurs réflexions : Voltaire et Rousseau d’abord, mais aussi Robespierre… et bien plus tard, on l’ignore souvent, Jean Jaurès.
Le père du socialisme français, fondateur du journal L’Humanité, combattant dreyfusard, champion parlementaire de la séparation des Églises et de l’État, grande icône républicaine, a en effet été habité par un souffle spirituel et même mystique, comme l’ont rappelé Éric Vinson et Sophie Vinson-Viguier dans un livre intitulé Jaurès le prophète. Mystique et politique d’un combattant républicain (Albin Michel).
Éric Vinson,…
Auteur: Le Média

