Jean Ziegler : s’engager, nommer les maux du monde

Nos voisins helvétiques ne renvoient pas souvent l’image d’un pays trublion, avec une gauche bruyante et active. Son inimitable accent romand et sa voix posée brouillaient assurément les cartes, les frontières académiques et les préjugés, trop fréquents notamment chez les Français. Juriste international, économiste et sociologue, enseignant à l’université de Genève (de 1977 à 2002) mais aussi à Paris I ou à Grenoble, Jean Ziegler est décédé à l’âge de 92 ans sur les rives du Lac Léman, après un long combat contre la maladie de Parkinson.

Né en 1934 dans une famille bourgeoise du canton de Berne, protestante et très à droite (un de ses grands-pères fut l’un des fondateurs de l’Union démocratique du Centre, principal parti populiste d’extrême droite en Suisse), il est d’emblée un homme pressé, multipliant les engagements très à gauche et les interventions dans de très nombreux domaines, surprenant souvent ses camarades les plus proches. Conseiller municipal de Genève dès les années 1960, il est surtout élu socialiste au Parlement fédéral suisse, presque sans interruption pendant plus de trois décennies, de 1967 jusqu’au début du nouveau millénaire.


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Peser sur les affaires du monde

Difficile de rendre compte de ses innombrables engagements, mais sa capacité d’indignation ne s’est jamais estompée au fil du temps. Toujours implacable dans la dénonciation des injustices et des non-dits, en particulier dans son propre pays, il publie une longue enquête (1) sur le rôle des banques helvétiques durant la Seconde guerre mondiale et surtout après la Libération, plutôt « très accueillantes » pour « l’or des nazis » et les biens juifs pillés…

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Auteur: Olivier Doubre

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