Jeanne Guien, docteure en philosophie, est porte-parole du Réseau contre l’agression publicitaire et vient de publier Le désir de nouveautés (éd. La Découverte). Elle livre ici sa vision du monde d’après, libéré de la publicité et de la prolifération d’objets inutiles.
Lisez ce grand entretien ci-après, écoutez-le ci-dessous ou sur une plateforme d’écoute de votre choix et regardez-le en vidéo.
Reporterre — Vous publiez « Le désir de nouveautés — L’obsolescence au cœur du capitalisme ». Comment imaginez-vous le monde post-capitaliste ?
Jeanne Guien — Je travaille sur le consumérisme et pas sur le capitalisme en général, même si le consumérisme est l’une de ses stratégies fondamentales. Et pour sortir du consumérisme, c’est-à-dire de l’emprise du marché sur tous les aspects de notre vie, il faut essayer de réduire au maximum la part du marché sur notre vie quotidienne.
Pour ce faire, deux options existent. D’abord, une voie socialiste, avec l’État qui reprend au marché des choses qui ne devraient pas lui appartenir, comme la santé ou l’éducation, mais pas uniquement. La deuxième voie, que l’on pourrait qualifier d’anarchiste, est celle de la communauté : on réorganise ce que l’on nomme l’échange à l’échelle d’un village, d’un quartier, d’une résidence ; bref, au sein d’espaces d’auto-organisation et d’entraide.
Prenons un exemple. Dans ce monde-là, comment envisagez-vous le rapport aux véhicules et à leur fabrication ?
Nous n’avons pas besoin d’en fabriquer. Nous évoluons déjà dans un monde où il y a trop de vêtements, de voitures, de matériels électroménagers — cela ne sert à rien d’avoir chacun un frigo ou une machine à laver. La question n’est pas comment produire ces objets que nous avons déjà, mais comment les entretenir et les partager. Or, celle-ci peut être résolue très simplement : l’entretien, la maintenance,…
Auteur: Hervé Kempf

