« Je viens juste d’être virée par le Washington Post en plein milieu d’une zone de guerre. Je n’ai pas de mots. Je suis dévastée. » C’est le bref message qu’a posté la correspondante Lizzie Johnson, sur le réseau X, le 4 février dernier, depuis Kyiv. Elle y couvrait la guerre en Ukraine pour le journal états-unien, propriété du milliardaire et fondateur d’Amazon, Jeff Bezos.
Johnson est l’une des 300 journalistes du Washington Post, sur environ 800, qui ont appris brutalement leur licenciement ce 4 février. Des journalistes des services Sports, Livres, Tech, Podcasts, ainsi que de très nombreux correspondant·es à l’étranger – Lizzie Johnson, donc, mais aussi l’ensemble de l’équipe couvrant le Moyen-Orient – ont pratiquement tou·tes vu leur poste supprimé. Une hécatombe éditoriale au journal mythique qui révéla, en 1974, le scandale d’espionnage politique du Watergate, qui fit tomber le président Nixon.
Le non-soutien à la candidate démocrate Kamala Harris a été le premier signe d’un radical changement de vent.
Cela fait quelques années que le Washington Post vacille sous les décisions de son propriétaire, Jeff Bezos, dictées uniquement par ses intérêts personnels : se faire bien voir de Donald Trump. Lors de l’élection présidentielle de 2024, l’ordre de Bezos au journal de ne pas soutenir, comme le veut la tradition du Post, la candidate démocrate Kamala Harris qui se présentait contre Trump, a été le premier signe d’un radical changement de vent. Plus de 250 000 abonné·es avaient alors décidé de protester en se désabonnant.
« Un meurtre »
Ce qui n’avait pas empêché Bezos, quelques mois plus tard, en janvier 2025, d’envoyer un signal plus clair encore, en modifiant le génial slogan du Post adopté en 2017, « Democracy dies in darkness » (« La démocratie meurt dans l’ombre ») pour y ajouter (1)…
Auteur: Pauline Bock

