Eure-et-Loir, reportage
À côté de sa camionnette rouge, garée sur le bas-côté d’une petite route de campagne serpentant à travers la plaine du Thymerais, entre Dreux et Chartres, Amandine Dupuy désigne un champ à une centaine de mètres. « Vous voyez cette parcelle derrière ? Elle a déjà été ensemencée et ça, ça me fait flipper », dit-elle, la voix serrée d’angoisse. Dans les prochains jours, son exploitant, un céréalier basé dans le département voisin de l’Orne, devrait la traiter avec un herbicide afin de détruire les plantes qui pourraient concurrencer ses cultures.
De l’autre côté de la route s’étend un champ de tournesols, malmené par la sécheresse qui a épuisé la région cet été. Ce champ est l’une des parcelles d’Amandine Dupuy qui, en 2017, a repris la ferme familiale où elle exploite, sur 140 hectares de polyculture biologique, plusieurs types de céréales, de la luzerne et du tournesol. « C’est toute une réflexion agronomique qu’on a oubliée : pas d’intrants, moins de labour. Heureusement que je suis encore passionnée par mon métier. »
À 44 ans, Amandine Dupuy est aussi l’une des rares membres de la Confédération paysanne d’Eure-et-Loir. Dédié aux grandes cultures céréalières, le département est l’un des premiers utilisateurs de pesticides du pays. À l’automne 2021, c’est l’une de ces substances, le prosulfocarbe, qui a contaminé la récolte de sarrasin de l’agricultrice, la rendant impropre à la consommation. Cette pollution, découverte à la suite d’un contrôle de routine, a nécessité la destruction de la totalité de sa production.
« Le doute profite toujours à la personne qu’on accuse »
Largement utilisé sur les cultures céréalières, le prosulfocarbe a détrôné, en 2024, le glyphosate comme herbicide le plus consommé en France. Sur les céréales d’hiver — où il est particulièrement utilisé —, l’épandage se…
Auteur: Émilie Sfez, Guénolé Carré
