Jim Queen : la révolution queer ne sera pas bourgeoise

Jim Queen est un film d’animation sorti en juin dernier, coréalisé par Marco Nguyen et Nicolas Athané. L’accueil critique de cette fiction comique qui a l’originalité de se dérouler dans la communauté gay a été unaniment dythirambique, de Libération au Figaro en passant par Les Cahiers du cinéma ou Ouest France. Le monde médiatique mainstream a salué l’humour, l’engagement et l’autodérision d’une œuvre rompant effectivement avec le tragique qui marque souvent les films avec des personnages homosexuels. Mais pour Pablo Albandea, Jim Queen vient parachever la domination d’une bourgeoisie parisienne bien intégrée, en donnant l’injonction aux spectateurs de faire front commun contre les politiciens réactionnaires et homophobes. Dans le même mouvement, elle continue de définir “la communauté” à son image en effaçant la lutte des classes qui y est pourtant omniprésente ce qui pousse l’auteur de cet article à remettre en cause une apparente unité dictée d’en haut

Je suis allé voir Jim Queen à Tourcoing dès sa sortie. Il y avait peu de séances dans le Nord mais une association du coin qui s’appelle Tourc’ en Ciel avait organisé une projection au Fresnoy, une école d’art contemporain qui dispose également d’un cinéma. Cette séance était présentée par le couvent du Nord des sœurs de la perpétuelle indulgence. Les sœurs sont un mouvement LGBT international, né à la fin des années 1970 à San Francisco et qui lutte notamment pour la prévention du Sida et contre toutes les formes d’homophobie. Elles ont la particularité de se grimer en nonnes et de parodier les rites de la religion catholique. Comme la plupart sont des ami·es, nous avons décidé d’y aller en groupe, notamment avec d’autres personnes avec qui j’ai l’habitude de militer en tant que pédé. Aucune des sœurs présentes n’avaient vu le film mais elles avaient toutes entendu dire qu’elles y étaient…

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Auteur: Pablo Albandea