Joe Sacco est un dessinateur réputé pour avoir quasiment inventé la BD reportage, en élaborant son œuvre à partir d’enquêtes de terrain sur des situations de guerres ou de drames humains. Depuis plus de trente ans, il travaille sur la Palestine, et vient de publier avec Chris Hedges Requiem pour Gaza (éd. Futuropolis), un livre de récits et de bande dessinée écrit à partir de témoignages de familles ayant fui Gaza, recueillis dans un camp de réfugiés palestiniens en Égypte. Dans cet entretien, il montre à quel point le génocide qui se déroule en Palestine affecte la démocratie et les libertés des pays occidentaux.
Reporterre — Que se passe-t-il à Gaza ?
Joe Sacco — C’est un génocide. Et ce génocide n’est pas terminé. 10 personnes ont été tuées aujourd’hui, 15 hier. Il se poursuit au ralenti, ce qui permet aux médias de se dire : « L’histoire est terminée ou est gérable dans une certaine mesure. » Du coup, elle ne bénéficie plus de la même attention qu’auparavant. Et d’autres événements se déroulent dans le monde qui détournent l’attention des gens. Les Palestiniens à Gaza vivent dans des conditions épouvantables, principalement dans des tentes ou dans des bâtiments détruits. Ils sont pratiquement à la merci des éléments. Gaza est une mer de décombres.
Et dans ces décombres, il y a toutes sortes de produits chimiques toxiques, de poussières, d’amiante. Il y a aussi ce qui se passe en Cisjordanie [un territoire occupé par Israël depuis 1967, qui, avec Gaza, forme le territoire palestinien], avec l’expropriation continue de terres, la destruction d’oliviers, l’interdiction faite aux gens de récolter les olives, l’occupation de bâtiments, et l’afflux croissant de colons. L’armée israélienne protège les colons pendant qu’ils commettent ces exactions.
Faites-vous une distinction entre ce qui se passe en Cisjordanie et ce qui se passe à Gaza ?
C’est…
Auteur: Hervé Kempf
