Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l’armée israélienne. Réfugiée à Rafah, la famille a dû ensuite se déplacer vers Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat, coincés comme tant de familles dans cette enclave miséreuse et surpeuplée. Un mois et demi après l’annonce du cessez-le-feu de janvier 2025 — rompu par Israël le 18 mars —, Rami est enfin de retour chez lui avec sa femme, Walid et le nouveau-né Ramzi. Pour ce journal de bord, Rami a reçu le prix de la presse écrite et le prix Ouest-France au Prix Bayeux pour les correspondants de guerre. Cet espace lui est dédié depuis le 28 février 2024.
Gaza-ville, le 9 juillet 2025. Une femme palestinienne attache les cheveux de sa fille.
Omar AL–QATTAA / AFP
Pour cette centième chronique, Rami Abou Jamous a cédé sa place à Sabah, sa femme, pour qu’elle livre son propre témoignage.
Je m’appelle Sabah Chamali. J’ai 34 ans et cinq enfants.
Ma famille est originaire de Gaza. Je n’ai pas fait d’études, je me suis mariée à 16 ans. Je dis toujours à Rami qu’après la guerre, je reprendrai les études. J’apprendrai le français, comme ça je pourrai enfin comprendre ce qu’il dit aux enfants. D’ailleurs, j’ai déjà appris plusieurs mots !
En 2014, mes trois premiers enfants ont perdu leur père, leur oncle et leur grand-père paternels. Notre maison a été détruite. À l’époque aussi, nous avons été déplacés à plusieurs reprises. Nous avons vécu sous une tente pendant un an. Ensuite, mon père — paix à son âme — a construit une maison de plusieurs étages, avec un appartement à chaque étage. J’en ai habité un avec mes enfants.
Avant cette guerre, je peux dire que nous avions…
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