Journal d’une Gazaouie : la bande de Gaza dans les yeux d’Arwa

Arwa a une trentaine d’années. Cette mère de famille vivait dans le nord de la bande de Gaza avant le 7 octobre 2023. Trois jours après le début de la guerre, sa maison a été anéantie par l’armée israélienne. Elle a tout perdu. Depuis, elle a dû fuir à dix reprises au rythme des avancées de l’armée israélienne et des bombardements. Dix déplacements forcés avec son mari, ses deux garçons et leurs deux bergers allemands. Aujourd’hui, elle vit dans un appartement qu’elle loue à Deir el-Balah au centre de l’enclave palestinienne. Elle travaille pour une ONG.

Mardi 30 septembre

Bonjour Céline. En sortant de chez moi tout à l’heure, j’ai découvert à quel point les rues de Deir el-Balah avaient une nouvelle fois changé. Des milliers de personnes sont arrivées ces dernières heures. Elles ont fui la ville de Gaza à la recherche d’un abri. Deir el-Balah est l’un des derniers endroits où l’armée israélienne nous autorise à rester. Dans ces rues, l’air est alourdi, saturé même par le poids de la détresse humaine. Des tentes ont comme surgi le long des trottoirs. Les eaux usées qui sortent de ces camps de fortune s’infiltrent sur les routes. Le trajet vers le travail, qui me prend d’habitude seulement dix minutes, s’étire désormais sur une heure, à travers un labyrinthe d’âmes désespérées en errance.

Dans ces rues, l’air est alourdi, saturé même par le poids de la détresse humaine.

En chemin, sur le bord de la chaussée, mon regard s’arrête sur un petit groupe de femmes. Elles sont là, assises sur le rebord d’un trottoir poussiéreux. Autour d’elles, des piles d’objets domestiques tiennent dans un équilibre précaire. Des matelas, des couvertures, des casseroles, des sacs de vêtements. Toute une vie entassée à la hâte pour fuir une tente ou un appartement que l’armée israélienne les a obligées à quitter. Ce ne sont pas ces…

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Auteur: Céline Martelet

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