C’était il y a plus de huit ans. Emmanuel Macron était président depuis même pas un an et, le 17 janvier 2018, jour historique pour les luttes écologiques, son Premier ministre Édouard Philippe annonçait l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique. Il était demandé aux opposants d’évacuer la zone d’ici la fin de la trêve hivernale, le 30 mars. Certains vivaient là depuis plusieurs années, y avaient construit leur maison, installé des fermes. Impensable, pour l’État, de laisser des anarchistes construire un mode de vie communautaire loin de son autorité.
Le 9 avril 2018, les forces de l’État ont donc déboulé au petit matin sur la zad de Notre-Dame-des-Landes afin d’expulser celles et ceux qui avaient construit un autre monde sur ce bout de territoire en dissidence. Reporterre était là, bien évidemment. L’équipe de journalistes était alors minuscule, nous étions quatre fois moins qu’aujourd’hui. Et toutes nos forces étaient concentrées sur l’idée de raconter minute par minute cet événement majeur des luttes écologistes.
Le 11 avril au petit matin, je débarquais pour prendre le relai de mon collègue. Mon séjour sur la zad assiégée n’a pas duré longtemps. En début d’après-midi, j’étais blessée par une grenade des gendarmes alors que je couvrais la manifestation des « cheveux blancs », composée de retraités soutenant les opposants. J’ai passé le reste de la journée avec les Médics, les gendarmes ne nous laissant sortir de la zone qu’à la nuit tombée. Le lendemain matin, j’allais aux urgences. Verdict : des éclats de grenade dans la jambe, des béquilles pour deux semaines et un bout de métal qui reste logé en souvenir derrière le genou.
« Un bout de métal reste logé en souvenir derrière le genou »
La bataille a duré encore plusieurs jours. Et elle a été utile, je crois. Malgré les séquelles physiques et…
Auteur: Marie Astier
