Junk politique

L’ère de la diversion et de la désertion s’impose, quoi qu’il en coûte. A-t-on jamais vu moment plus favorable aux positions inflexibles si ce n’est imbéciles face aux soubresauts du monde ? Les digues ont sauté et la lâcheté est de mise. Qu’il s’agisse des manifestations extrêmes du climat et de leurs ravages toujours plus grands, des déplacements de populations poussées par les dérangements du capitalocène jusqu’aux rives de l’Europe, ou du génocide contre les Palestinien·nes, en France le pouvoir regarde ailleurs. Un inventaire à la Prévert, même incomplet, sert de modeste balise pour naviguer à contre-courant de l’effondrement annoncé.


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La loi sur l’immigration, dernière d’une longue litanie raciste, érige l’infamie en tactique politique. De la suppression de l’aide médicale d’État aux cautions demandées aux étudiant·es étranger·ères, tout aura été tenté. Face à la fascisation du champ politique, plus rien ne rassure. L’ordre réactionnaire, proclamé sur le ton martial du « réarmement », n’est en rien tempéré par les rares signaux d’apaisement. L’entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian ou l’inscription dans la Constitution de la « liberté de recourir à l’avortement » agissent en trompe-l’œil et n’effacent pas la fragilisation du droit du sol et la préemption du ventre des femmes, deux enjeux intimement liés.

D’une part, la mémoire des Manouchian est l’otage d’un récit national qui s’accommode de – voire revendique – ses racines racistes jamais arrachées au lendemain des luttes antifascistes et anticoloniales. Hantée par sa matrice coloniale, la France rejette les nouveaux venus à la mer ou…

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Auteur: Nacira Guénif

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