Deux décisions judiciaires suite à des violences d’État, et une même logique : un délai judiciaire extrêmement long, des réparations dérisoires, et une culpabilisation des victimes. Ça s’est passé ces derniers jours au Tribunal Administratif de Nantes.
Adrien en partie responsable des violences qu’il a subi
Il aura fallu attendre 8 ans pour que les juges rendent enfin une décision, le 29 juillet, à propos des mutilations terribles subies par Adrien. Les faits remontaient au 29 décembre 2018, en plein mouvement des Gilets Jaunes, lors d’une manifestation à Nantes. Le jeune homme défilait comme des milliers d’autres quand, en fin de journée, la police s’était défoulée devant la préfecture, avec de nombreux tirs de grenades lacrymogènes. Alors que la foule reculait, des agents de la BAC avaient tiré des balles en caoutchouc sur des personnes en fuite qui leur tournaient le dos. Des tirs par derrière.
Une balle avait frappé Adrien, 22 ans, à l’arrière du crâne avec une violence inouïe. Notre équipe avait assisté à la scène, et vu le jeune homme inanimé, une marre de sang sur l’asphalte. Les CRS avaient chargé violemment, pour éloigner les témoins, et la victime frôlait la mort. Cinq jours en réanimation, une fracture du crâne, une hémorragie cérébrale, une fracture de l’orbite et de la mâchoire droite, un traumatisme psychologique. La vie du jeune homme basculait à tout jamais. Aucun policier n’a jamais été condamné, alors que notre média avait diffusé des photos très précises montrant l’agent qui avait tiré sur la foule à ce moment et à cet endroit.
Après une longue attente, c’est donc le Tribunal Administratif qui rend finalement un verdict : il ne juge pas un individu mais une institution. Ces juges condamnent l’État pour la «responsabilité sans faute» des forces de l’ordre. Des policiers responsables mais pas coupables. En guise de compensation,…
Auteur: B

